Le livre « le monstre doux » , rédigé par Raffaele Simone…

Le livre « le monstre doux« , rédigé par Raffaele Simone….remet les pendules à l’heure ( de la surconsommation) , si j’en crois ce que j’en ai lu sur la toile. Voici un extrait de l’interview que l’écrivain a donné :

« Dans votre essai, le « monstre doux «  s’impose à la modernité à travers trois commandements. Quels sont-ils ?

Le premier commandement est consommer. C’est la clef du système. Le premier devoir citoyen. Le bonheur réside dans la consommation, le shopping, l’argent facile, on préfère le gaspillage à l’épargne, l’achat à la sobriété, le maintien de son style de vie au respect de l’environnement. Le deuxième commandement est s’amuser. Le travail, de plus en plus dévalorisé, devient secondaire dans l’empire de la distraction et du fun. L’important, c’est le temps libre, les week-ends, les ponts, les vacances, les sorties, les chaînes câblées, les présentatrices dénudées (et pas que dans la télé de Berlusconi), les jeux vidéo, les émissions people, les écrans partout.

Le divertissement scande chaque moment de la vie, rythme le calendrier jusque chez soi, où la télévision, la console de jeu et l’ordinateur occupent une place centrale. Le divertissement remplit tout l’espace, reformate les villes historiques, quadrille les lieux naturels, construit des hôtels géants et des centres commerciaux le long des plus belles plages, crée des villages touristiques dans les plus infâmes dictatures.

Même les actualités les plus graves se transforment en divertissement. La première guerre d’Irak, le tsunami, les catastrophes naturelles, les drames humains deviennent spectacles, jeux vidéo en temps réel ou feuilletons émotionnels. Les débats politiques se font guerre de petites phrases, parade de people, quand les ministres ne sont pas d’anciens mannequins qui ont posé nus, à la « une «  de tous les tabloïds – comme en Italie Mara Carfagna, ministre de l’égalité des chances, ou Daniela Santanché, sous-secrétaire à je-ne-sais-quoi.

La démultiplication des gadgets, des portables, des tablettes fait que nous sommes encerclés, noyés, dissous dans les écrans. Sous le régime du « monstre doux », la réalité s’efface derrière un rideau de fun. Plus rien n’est grave, important. Après le travail, la vie devient un vrai carnaval, les grandes décisions sont prises par les « beautiful people » que sont les politiques et les grands patrons, tout devient pixel, virtuel, irréel, vie de stars.

La crise économique, la spéculation financière, les plans de rigueur, les atteintes aux libertés et les collusions entre hommes politiques et milieux d’affaires – comme nous l’observons en France et en Italie – sont des épisodes vite oubliés d’un grand « reality show ».

Et le troisième commandement ?

C’est le culte du corps jeune. De la jeunesse. De la vitalité. L’infantilisation des adultes. Ici le « monstre doux » se manifeste de mille manières, terrorise tous ceux qui grossissent, se rident et vieillissent, complexe les gens naturellement enrobés, exclut les personnes âgées.

Le rajeunissement est devenu une industrie lourde. Partout, on pousse à faire des régimes, à dépenser des fortunes en cosmétiques pour paraître lisse, svelte, adolescent, à investir dans la chirurgie esthétique, le lifting, le Botox, comme Silvio Berlusconi, le bronzé perpétuel.

Je ne crois pas qu’une société soumise à une telle tyrannie du corps et de la jeunesse ait jamais existé. Elle a de graves conséquences morales. Partout se répand un égoïsme arrogant, jeuniste, survitaminé, affichant un mépris ouvert de la fatigue, du corps souffrant, des vieux, des laids, des handicapés, de tous ceux qui démentent le mythe de la jeunesse éternelle. Pendant ce temps, les enfants refusent de vieillir, deviennent anorexiques ou boulimiques, quittent leurs parents à 30 ans.

Partout on rejette toute posture adulte, réflexive, intellectuelle, jugée « out », inutile, triste. On a l’obligation d’être  » branché « , tout doit aller vite, le succès, l’argent, les amours. Dans ses essais, le sociologue polonais Zygmunt Bauman se demande, désemparé : « Où est la compassion ? » Voilà le « monstre doux », un monde d’amusement sans compassion. »

Entretien avec Raffaele Simone, propos recueillis par Frédéric Joignot, Le Monde Magazine (12 septembre 2010)

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Les cookies nous permettent de vous proposer nos services plus facilement. En utilisant nos services, vous nous donnez expressément votre accord pour exploiter ces cookies. En savoir plus